Le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles : mécréants ou serviteurs de la musique ? Le grand inquisiteur a mené l'enquête.

>> jeudi 16 mai 2013

« Que sont les instruments de musique sans musique ? Des trucs, des bibelots certes jolis mais inutiles. Ils perdent leur raison d'être, si ce n'est pour servir de boite à cookies, de pot de fleurs, d'urinoir, de batte de baseball, de fausse mitraillette, de jouet coquin ; mais même pour cela ils sont moins aptes que d'autres objets, qu'on ne songerait même pas à exposer. Se sont les sons qu'ils produisent qui font de ces breloques aux formes incongrues des petites merveilles ; qui racontent alors l'histoire de la culture dont ils sont issus, dans ce langage universel qu'est la musique. Alors pourquoi les faire taire ? Pourquoi les enfermer au musée et en faire des bagatelles ? Qui sont ces conservateurs fous ? Ne méritent-ils pas d'être pendus par les tripes, ces gredins ? Comment le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles ose-t-il s'enorgueillir de posséder 8000 instruments? Juste parce qu'il expose des bidules vidés de leur substance ! Des machins en bois ou en ferraille avec des fils qui pendouillent ?!  Ah ! Les fripons !»

Voici le cri de rage et l'état d'esprit frondeur avec lequel Tomas del Torquémidi, grand inquisiteur et critique musical, vint à Bruxelles ce samedi 3 novembre 2012, prêt à en découdre avec ces mécréants. Mais bien vite il déchanta et dût remballer son zèle légendaire. D'abord il fut interloqué par le slogan du MIM : « vous allez voir ce que vous allez entendre ».

     « Entendre » et « voir », deux mots qui résument bien le parcours proposé par ce musée, et la façon dont il met en valeur sa collection.
©Daniel Bonifacio
Ici, point de bagatelles. Et quand bien même, ce sont des objets parfaitement conservés et fort bien mis en valeur par des lumières individuelles et des cartels complets. Tout cela dans des vitrines thématiques avec un nombre d'instruments restreint présentés de façon claire : sur 8000, 1200 ont été savamment sélectionnés. Chacun se laisse admirer comme le tableau d'un musée des beaux arts, avec une scénographie dynamique. Le volet « voir » était donc réussi, mais n'aurait pas suffit à calmer le zèle de Torquémidi.
     Car cet homme aux oreilles nymphomanes avait besoin de sentir les sons vibrer. Le musée lui a permis d'atteindre de multiples orgasmes auditifs grâce à l'audioguide qu'il a reçu à l'accueil. Celui-ci déclenche automatiquement la musique liée au groupe d'instrument de la vitrine devant laquelle on se trouve. Musique qui permet à la fois de restituer le son de l'instrument, mais aussi le genre de musique lié à la période, à la situation géographique et au contexte social dans lequel il était utilisé. L'inquisiteur fut alors emporté dans une orgie sonore, il vit dans son esprit les instruments revivre.
     Bien qu'il n'ait fait que la visite individuelle, il avait apprit que le musée proposait en outre des ateliers musicaux, surtout pour les enfants et les personnes handicapés. Ils permettent aux visiteurs d'essayer des instruments. Pour les sourds et mal-entendants il y a même un caisson vibrant qui leur permet de ressentir différents sons à travers tout leur corps. Encore un moyen, pensait-il, de rendre à leurs instruments leur véritable nature. Il y a aussi les visites guidées. Bien qu'il n'en fit pas, il avait écouté au loin, puis posé des questions à un des guides. Il apprit alors que les visites guidées avaient un thème précis qui changeait régulièrement, afin de révéler les multiples richesses de l'exposition et d'augmenter la probabilité de faire revenir les visiteurs pour revoir le parcours.

     Et c'est bien le parcours muséographique qui acheva de convaincre Torquémidi que le MIM n'était pas le diable. Celui-ci permet en effet de remettre les instruments dans leur contexte, de raconter leur histoire ; mais mieux encore il apporte des réflexions sur la musique. Il y a d'abord quatre grands thèmes : au premier étage les traditions du monde (musiques traditionnelles du monde entier), au second la musique savante occidentale (de l'antiquité à la fin du XIXe), au quatrième les claviers et les cordes, au sous-sol les instruments mécaniques (qu'il n'a pas eu le temps de visiter). A travers ces thèmes, on y raconte l'histoire de la musique, on y fait un tour du monde, on y fait de l'anthropologie musicale.
     Une de ces réflexions porte sur l'origine populaire de chaque instrument. Il y a comme un effet miroir entre le premier et le deuxième étage. Les violons des ménétriers deviennent ceux des musiciens de la cour du Roi, les hautbois des fêtes populaires se retrouvent dans les ensembles baroques... Le musée pourrait presque être qualifié de musée ethnologique.
 
©Daniel Bonifacio
     Le tour du monde au premier étage débute en Belgique, puis on traverse l'Europe, l'Orient, l'Afrique, l'Asie, l'Océanie. Mais on ne voyage pas bêtement. On apprend que malgré les particularités sonores de chaque culture, les instruments et leurs usages ne connaissent pas de frontière. Par exemple, dans un même espace on trouve des cithares (instrument à corde qu'on trouve aussi en Europe) de pays extrêmement différents : Japon, Égypte, Corée, Tanzanie, Madagascar, Rwanda... On nous montre aussi des ensembles instrumentaux, tel que le gamelan de Java (groupe de percussions), un ensemble de musique rituelle tibétain, ou au deuxième un orchestre du XVIIIe en occident.
©Daniel Bonifacio
     Ainsi, chaque instrument est rendu vivant à la fois par le son, mais aussi par son contexte, son utilisation, son histoire. Par exemple, on apprend que la plupart des instruments nous viennent d'Orient, la cornemuse était très répandue dans toute l'Europe. On apprend comment le clavicorde du XVIe est devenu le piano moderne. On peut entendre la musique des grands compositeurs tel qu'eux l'entendaient avec les instruments de leur époque.

    Tout cela plût beaucoup à l'inquisiteur. Mais, épouvanté par ce sentiment bizarre d'être heureux et satisfait, il s'en alla aux toilettes (très propres et spacieuses par ailleurs), se mit de l'eau fraîche sur le visage, et remit son esprit critique en état de marche. Et là, bien que restant satisfait globalement, il commença à être irrité par certaines choses. Et remarqua que la muséographie était encore en gestation,et que quelques détails pourraient être améliorés.
     L'audioguide joue certes les sons, mais aucune information sur le morceau joué : quel style, quel époque, titre ? Est-ce une musique typique de l'époque et de quel milieu social ? La musique que joue l'ensemble gamelan, par exemple, aurait mérité un développement : elle est, en effet, jouée par des musulmans mais comporte encore les formes et une spiritualité propres à l'hindouisme. Seul la photo de l'instrument apparaît sur l'écran, tant pis pour les curieux et les mélomanes, tant mieux pour Torquémidi qui est enfin redevenu un peu frustré et hargneux.
     De plus le caractère automatique de cet audioguide irrita Torquémidi, qui n'avait pas forcément envie d'écouter des minutes d’accordéon et était passé devant les flûtes dont la musique avait du mal à se déclencher, il aurait préféré le faire de lui-même. Et il se trouvait ridicule avec ce gros boîtier lourd qu'il collait à son oreille depuis deux heures, alors qu'un petit casque aurait été plus pratique.
     La médiation pour les visites non guidées le laissa aussi perplexe. Ce maniaque a cherché longtemps la partie numéro cinq qui n'existe visiblement pas, et il ne comprenait plus l'ordre de la visite qui était mal indiquée, passant de la partie 6 à la partie 22 puis la 15 ; mais où est donc la 5 !? Il regrettait de ne pas avoir fait la visite guidée, mais encore plus que l'audioguide ne fasse pas cet office.

     Cet inquisiteur d'habitude si exalté à l'idée d'assouvir sa haine à travers des articles assassins, rentra chez lui fatigué et malheureux d'être aussi content. Le MIM n'a visiblement pas fait des ses 8000 instruments des vulgaires babioles, au contraire : ils les fait vivre, puis à travers eux nous raconte l'histoire de la musique et nous fait voyager. Il devait bien admettre que finalement la musique pouvait avoir sa place dans un musée.



Daniel Bonifacio

Musée des Instruments de Musique de Bruxelles
http://www.mim.be/

Du mardi au vendredi : 9h30 - 17h00
Samedi et dimanche : 10h – 17h00

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Science et Fiction: aller-retour dans un monde imaginé

>> jeudi 2 mai 2013


C'est Fantastic ! L'exposition Science et Fiction pointe la richesse du dialogue entre sciences et science-fiction. La métropole lilloise a offert pendant tout l'automne 2012 jusqu'au début de l'hiver un panel d’œuvres et d'études autour du fantastique.
L'exposition Science et Fiction s'est déroulée du 06/09/2012 au 13/01/2013 à la Maison Folie de Wazemmes de Lille, elle s'inscrivait dans le cadre de Fantastic. Créé par Lille 3000, pour une plus grande diffusion culturelle, Fantastic s'est déployé à travers la ville par le biais de métamorphoses, d'expositions, d'arts vivants, de littérature et de cinéma sur le thème du fantastique. Plus de trente expositions couvraient le sujet à travers la métropole lilloise, des maîtres de la peinture flamande du XVIème siècle aux textiles du futur en passant par une face inexplorée de Chagall.

Où ?

Affiche de la Ville de Lille (c)
La maison folie de Wazemmes nous a proposé, quant à elle, une incursion dans la richesse du dialogue entre science et fiction. Ce lieu mixte implanté, à l'occasion de Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture, dans un quartier célèbre pour son esprit populaire et sa vitalité culturelle a pour vocation de promouvoir les cultures populaires et de provoquer les rencontres. Il est au cœur d’échanges et de croisements multiples entre les disciplines, les artistes de tous horizons, et surtout les publics. C’est à la fois un lieu de diffusion où sont programmés des spectacles vivants, des expositions, des ateliers créatifs, des performances, des festivals mais aussi un lieu de création, de fabrique car la Maison Folie de Wazemmes accueille de nombreuses équipes artistiques en résidence, particulièrement les artistes de la région.

Quoi ?

Science et Fiction est une exposition de la Cité des sciences et de l'Industrie créée en association avec ScienceFictionArchives.com qui propose une immersion dans toute la diversité de la Science-Fiction. L'exposition présentait les échanges entre science et fiction, des débuts de ce genre littéraire aux inventions les plus modernes de la science contemporaine. L'exposition souligne comment l’une et l’autre se sont mutuellement nourries grâce à l'une des plus grandes collections d'Europe d'objets originaux, ayant servi aux tournages de films cultes de la science fiction : maquettes de vaisseaux spatiaux, robots, masques d'extra-terrestres, costumes, combinaisons spatiales, extraits de films, livres, BD... Science et Fiction était divisée en trois niveaux eux-mêmes divisés en espaces : Explorer l'espace, Explorer d’autres sociétés et Explorer un univers transmédia afin de mieux orienter le visiteur sur le chemin de la Science-fiction.


Comment ? 

Le partis-pris de Science et Fiction était que la science-fiction non seulement découle des avancements de la science mais aussi que ce genre littéraire alimente les ambitions des scientifiques et donc participe aux progrès de la science. Comme preuves de ces faits, l'exposition mettait en scène dans des vitrines les œuvres littéraires majeures de la science-fiction, notamment des romans de Jules Verne ou Cyrano de Bergerac imaginant voler en ballon jusqu'à la lune ou encore Tintin marchant sur cet astre, montrant que l'imaginaire autour du progrès scientifique n'est pas nouveau. C'était une exposition centrée sur son discours et ses thèmes mais aussi visant à sacraliser certains objets, comme les costumes originaux de films cultes mis en lumière et protégés comme des trésors.

                         Pour Qui ?
Galerie des robots (c) EB

Le visiteur dans Science et Fiction était invité à participer, à toucher, à se questionner et mettre tous ses sens en éveil. D'abord des bornes en Braille accompagnaient chaque thème de visite pour ne laisser aucun public de côté, ainsi que l'audiodescription présente dans un des films animés dans la partie Les robots, amis ou ennemis ? Également dans le deuxième niveau dans l'espace des Sociétés dans la tourmente le visiteur était invité à toucher ce que pourrait être un alien. Dans un aspect ludique de nombreuses tables interactives jalonnaient le parcours afin de faire participer et aider à l'imprégnation des connaissances scientifiques. Un jeu à quatre joueurs est proposé au deuxième niveau posant des questions sur ce que le visiteur a pu découvrir auparavant dans l'exposition, un autre à deux joueurs, au premier niveau, entraîne les visiteurs à faire décoller une fusée et à la faire atterrir sur la lune... L’ouïe est aussi mobilisée par le biais de bruitage dans les espaces Explorer d’autres sociétés, embarquant le visiteur dans un monde futuriste, de plus de nombreux films audio sont proposés aux visiteurs. Enfin la vue est bien sûr sollicitée par les nombreuses couleurs utilisées par l'univers de la science-fiction et ses représentations, dessins ou photos accrochés aux murs, ou par les objets exposés dans les vitrines.


Alors ?



Au final le message de connexion étroite entre science et science-fiction transmis par le premier niveau est clair et compréhensible grâce aux panneaux, cartels et films à disposition. Le second niveau de Science et Fiction est axé vers les craintes et limites de la science voulant recréer la fiction, et nous amène à voir plus loin, à créer notre propre imaginaire. Enfin, le dernier niveau présentant le travail de création de personnages et mondes de science-fiction depuis les dessins aux moulages plastiques perturbe le message global de l'exposition. Le visiteur se trouve dans un espace à moitié show-room mettant en lumière le travail des graphistes des univers Dofus et Wakfus. Ce qui laisse le visiteur, profitant de toutes les salles du parcours, perplexe quant au message transmis par ce dernier espace.


Élisa Bellancourt

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Un musée moderne et accessible

>> jeudi 25 avril 2013


Situé dans le 7ème arrondissement de Paris, l’Hôtel des Invalides accueille depuis le XVIIème siècle les vétérans des guerres menées par la France mais pas seulement. Au sein de cet établissement, se trouve le musée de l’Armée que je suis allée découvrir.

Organisé autour de la cour d’honneur, cet équipement déploie, dans les ailes occidentales et orientales de la partie nord de l’édifice, des collections d’une grande richesse. Afin d'accueillir au mieux un public nombreux, il comprend une cafétéria, une librairie-boutique et des ascenseurs pour accéder aux nombreux étages.

Conscient de l’atout que représentent ses oeuvres, l’institution s’est beaucoup investie à leur conservation et protection à travers une muséographie moderne axée sur l’éclairage.
© Emilie Etienne
Les vitrines sont équipées de LED ou d’ampoules à très faible luminosité créant ainsi une atmosphère exceptionnelle tout à fait fascinante dans certaines salles. Mais si la lumière peut être une force par moment, elle représente parfois une faiblesse. Pour limiter les dégradations des objets dues à son exposition, beaucoup de vitrines ne disposent pas de dispositif lumineux. Situés dans des endroits sombres, certains de ces objets deviennent alors invisibles ainsi que leurs cartels. Dans d’autres cas, la mauvaise orientation des lampes provoque des reflets et discerner les oeuvres devient un vrai casse-tête.
La signalétique du parcours muséographique peut poser problème. Lors de ma visite, je me suis principalement laissée guider par certains objets phares et le sens de la visite est rapidement devenu incompréhensible.

Non initiée dans le domaine des armes et autres tactiques militaires, je me suis sentie à l'aise grâce aux différents outils de médiation, ludiques et instructifs, présents tout au long du parcours.

© Emilie Etienne
Les premiers rencontrés sont les cartels qui offrent une information claire et complète. Ces derniers sont accompagnés de panneaux explicatifs, traduits en quatre langues, dont le seul reproche est qu'ils se situent en fin de chaque espace. Puis viennent des plans interactifs, films, vidéos, maquettes et audio-guides. Rendant la visite plus captivante, tous illustrent et enrichissent parfaitement le discours mis en avant.
D'un grand dynamisme, le musée propose régulièrement des colloques ainsi que des expositions temporaires dont la dernière présentée est : « Avec Armes et bagages dans un mouchoir de poche ».

De formation archéologique, je ne me serais jamais tournée instinctivement vers ce musée qui ne me semblait pas très attirant. Cependant, je suis sortie du musée de l'Armée sur une très bonne impression avec l'envie d'y revenir et de le faire découvrir. Cette structure vaut d'être visitée ne serait-ce que pour le modernisme dont il fait preuve envers ses collections et son public.

Emilie Etienne

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Le musée des beaux arts de la Rochelle, le MBA qui donne envie d’y retourner !

>> jeudi 18 avril 2013


           Au 28 rue Gargoulleau de La Rochelle se trouve lhôtel Crussol dUzès, construit sous Louis XVI. Cet imposant bâtiment, caché dans une rue semi-piétonne proche du port, abrite deux institutions qui habituellement sont radicalement opposées : lEspace dArt Contemporain, qui occupe le rez-de-chaussée, et le Musée des Beaux-Arts, installé depuis 1844 dans les deux autres étages. Une cohabitation intéressante qui permet de casser tous les préjugés sur les lieux daccès à la culture et de diffusion de lart. Cet article sera consacré au musée des Beaux-Arts.

Le Musée des Beaux Arts, chaleureux, accessible, et engagé.

Même si la porte fermée du deuxième étage intimide un tantinet le visiteur, l’accueil qui lui est réservé derrière celle-ci, est des plus appréciables. Lors de ma visite, deux agréables personnes me reçoivent et me donnent tout de suite des indications : le 2ème étage est réservé aux collections « permanentes », et le premier étage est consacré aux expositions temporaires d'art contemporain.
Elles me précisent aussi qu’il n’existe pas de livret explicatif gratuit de la collection, mais seulement une édition, disponible pour 10€.
Au deuxième étage, la visite se fait en deux temps. Dans la première partie, un chapeau introductif  informe que la collection s’est faite petit à petit par un groupe d’amateur d’art depuis 1841, grâce à des dons, des legs, et des achats à hauteur de leurs moyens, ce qui explique pourquoi la collection comporte en majeur partie des œuvres de 1840 à 1930.
Un deuxième texte explique au visiteur que la collection comporte plus de 900 œuvres, mais que l’espace d’exposition disponible ne permet pas de toutes les montrer. C’est pourquoi, l’exposition change tous les ans. La particularité de ces expositions, c’est qu’elles sont réalisées par une personne ou un groupe de personnes lambda(s) qui choisissent eux-mêmes le thème, les tableaux, et créent la scénographie. Ces personnes sont des acteurs de la vie Rochelaise, qui ne sont pas forcement initiés à l’art. Pour la sixième édition (du 06 septembre 2012 au 31 août 2013), c’est le Centre Technique Municipal qui a accepté cette mission. Le thème choisi a été « De l’ombre à la lumière… » à travers plusieurs sous thèmes : scènes quotidiennes, marines et pêcheurs, paysages, et portraits plébéiens. Une politique innovante de la part de la conservatrice Annick NOTTER qui a compris comment prendre en compte le public.
C’est à travers une centaine d’œuvres que le visiteur découvre sur différents thèmes des jeux de clairs-obscurs et un travail pictural de la lumière qui séduit tout un chacun. Il est donc surprenant, mais pas inintéressant, de trouver dans le même espace, une lithographie du XIXème siècle,  une huile sur toile réaliste de 1861, une peinture impressionniste de 1904, une sculpture de la fin  du XXème, et une photographie de 1980, qui se complètent avec des notions autres que des liens chronologiques.
La visite est rapide et accessible à tous, et en plus, des espaces de repos sont idéalement positionnés en face des grands tableaux.


Salle Eugène Fromentin © M. T.
           Dans la deuxième partie, de l’autre côté de l’accueil, on explore une salle sur Eugène Fromentin, un peintre rochelais qui a passé une longue période de sa vie au Maghreb, ce qui influença considérablement ses sujets et sa technique picturale. Ici l’organisation est un peu plus chaotique. Le chapeau explicatif sur cet artiste est à la sortie de la salle, ce qui n’est pas l’endroit le plus stratégique. En revanche, il est proche d’une banquette, et cela est important car ce chapeau est long. Mais il est facile à lire et essentiel pour comprendre la pièce, les œuvres et la mise en ambiance. En effet, pour immerger le visiteur dans une ambiance orientale, la scénographie propose un procédé poétique pour lier le public avec les œuvres et leur contexte. On est donc bercé par une  lumière tamisée et la banquette est recouverte de tapis colorés, ce qui nous plonge dans une atmosphère chaleureuse. 
Enfin, on accède à la dernière pièce de l’étage, où l’on retrouve le parti-pris de faire côtoyer des œuvres qui ne sont pas des mêmes époques. Cependant, la compréhension de cette salle n’est pas aisée : la plupart des œuvres n’ont pas de cartel, et aucun texte n’introduit à une quelconque problématique ou réflexion. C’est très dommage, car on aimerait savoir pourquoi une huile de Gustave Doré se retrouve entre une Vénus de 1904, une toile de Chaissac, et des paysages de Corot.




Quand l’art contemporain trouve sa place au MBA


Exposition de Sylvie Tubiana, « Japons ». © M. T.
Suite et fin de ma visite au premier étage, avec l'exposition temporaire et itinérante de Sylvie Tubiana, intitulée « Japons » qui était présentée du 19 octobre 2012 au 28 janvier 2013. L'exposition proposait dans un premier temps un travail photographique de l’artiste : suite à des choix d’estampes japonaises, celles-ci ont été projetées sur des corps nus de femmes agenouillées, suivi d’un travail de photographie de ces projections. L’aspect esthétique et le rapport au corps présent dans ces photos sont déjà à eux seuls d’un intérêt particulier, mais les photographies étaient également confrontées à de vieilles estampes japonaises, issues de la collection du musée de la Roche-sur-Yon. La collaboration continuait avec des vitrines montrant divers objets nippons très anciens. Dans les dernières salles, des installations immergeaient le spectateur dans un environnement particulier, mêlant toujours l’ancien et l’actuel. Le dépaysement est total, on oublie le lieu, l’hôtel Crussol d’Uzès, La Rochelle, le port. Nous voilà au Japon.
Le musée des Beaux-Arts de la Rochelle (labellisé Musée de France) a donc très bien intégré l’art contemporain au sein de ses murs, en lui donnant une place importante, et non en lui laissant la place d’une statue dans une cour pour intriguer le passant et essayer d’être attractif (comme dans beaucoup de MBA qui prétendent s’ouvrir à l’art contemporain). La moitié du musée est consacrée à l’exposition d’art contemporain. Et quand cela s’ajoute à une politique d’accessibilité à tous (plein tarif à 4€, expositions collaboratives réalisées par les citoyens, lycéens, agent de la mairie, association…), enfin on peut dire qu’un musée est vraiment accessible et dynamique. Enfin un musée qui ne se sclérose pas et évolue avec son temps ! Et cela ne veut pas dire être rempli des derniers outils de médiation issus des nouvelles technologies. Le prochain effort à faire se situe du côté des publics handicapés, mais pour le reste, on a envie de savoir qui seront les prochains commissaires d’exposition, et on cours voir la nouvelle expo au premier étage "Mille et un bols : hommage à un bol de thé indien" (du 15 février 2013 au 17 juin 2013).

Mélanie TOURNAIRE

Pour en savoir plus :

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L'utopie réalisée

>> jeudi 11 avril 2013


          C'est naturellement par la rue André Godin que l'on accède au Familistère de Guise. André Godin était un industriel philanthrope qui dirigea l'entreprise de poêles en fonte du même nom, de 1840 jusqu'à sa mort en 1888. Largement influencé par les théories fouriéristes, il prend très tôt conscience des mauvaises conditions de vie des ouvriers et décide d'y remédier en repensant le modèle du phalanstère cité utopique communautaire imaginée par Fourier et qui serait le socle d'un nouvel État pour créer le Familistère de Guise, en 1858. Son but premier est de proposer aux ouvriers qui le veulent un mode de vie communautaire, doté de ce qu'il appelle les « équivalents de la richesse » : eau potable, luminosité des appartements, bonne aération, accès à la culture (par l'enseignement, la bibliothèque et le théâtre), bonne forme physique, etc. Le Familistère représente un lieu hautement symbolique puisqu'il est considéré comme la seule réalisation du socialisme utopique ayant réussi en France.


©T.L
Cet ensemble de bâtiments, classé monument historique, abrite depuis 2010 un établissement labellisé Musée de France. C'est sous la forme d'un circuit que le visiteur est invité à découvrir les lieux du Familistère, comme pour retracer la vie d'un habitant. Deux temps distincts rythment cette visite.
Tout d'abord, et assez étonnamment, c'est dans les bâtiments annexes que le visiteur est accueilli, et plus particulièrement dans les économats. S'en suivront le théâtre, la bibliothèque, la piscine, séchoir/laverie, etc. Ces bâtiments sont comme des îlots entourant le bâtiment principal, qui proposent d'aborder chacun une thématique propre : l'éducation pour le théâtre ou l'hygiène pour la piscine. A chaque fois, l'histoire des lieux, le contenu purement historique, est présenté en vis-à-vis d'idées plus globales et qui touchent à plusieurs disciplines. Ainsi, dans la piscine, on trouve bien entendu la volonté de présenter l'usage des lieux, mais également une mise en lien de celle-ci avec les théories hygiénistes de l'époque. C'est également dans la piscine que l'on trouve une lecture chronologique de l'architecture utopique, de Charles Fourier à Tony Garnier.
Même constat dans le théâtre, où cette salle de spectacle est prétexte à aborder le sujet de l'éducation et de confronter Victor Hugo à Charles Fourier, le temps d'une projection. Cette mise en perspective constante est intéressante et permet de se départir d'une scénographie un peu trop « académique » que représente la mise en vitrine d'objets. La muséographie, d'ailleurs, arrive à trouver un équilibre en alliant exposition classique d'objets et nouvelles technologies. En plus du visio-guide qui est proposé au visiteur, les différents espaces d'expositions sont systématiquement accompagnés de vidéos explicatives qui permettent de replacer les bâtiments dans leur contexte d'origine. Même si cette pratique est aujourd'hui répandue dans la plupart des musées, elle apporte un réel intérêt à ces grands bâtiments qui, de prime abord, paraissent mornes et sans vie. D'autant que les supports sont variés : films, reconstitutions d'interviews, écrans tactiles, ambiances sonores, etc. D'une certaine manière, l'utilisation des technologies qui est faite au Familistère redonne vie au lieu. 



©T.L
Ensuite vient la visite du bâtiment central, le « Palais social ». C'est le bâtiment que l'on associe le plus facilement au Familistère, par sa position centrale dans l'espace mais aussi par sa taille. Il renferme également une particularité architecturale qui le rend, à première vue, plus attractif que les autres bâtiments : une verrière centrale de plus de 11 000 carreaux. L'espace qu'elle recouvre était utilisé comme un lieu de rassemblement et de commémoration, comme lors de la Fête du Travail. Dans le Palais social se trouvent plusieurs lieux d'expositions, répartis sur trois niveaux. Ainsi on y découvre l'histoire du socialisme utopique et de ses expérimentations. C'est également l'occasion de faire connaitre la vie de Jean-Baptiste André Godin à travers son appartement. L'histoire de la construction du Familistère est abordée, couplée à de nombreuses précisions techniques et architecturales. Le visiteur pourra également découvrir les techniques de fabrication des poêles Godin et les principaux concurrents de la marque. Notons qu'un appartement d'époque est reconstitué, prélude pour aborder ensuite les loisirs au Familistère ou encore son organisation administrative.
A première vue, la richesse et la précision des informations permettent de cerner ce qu'était le Familistère et son fonctionnement jusque dans les moindres détails. En réalité, il s'avère que le trop-plein d'informations rend la visite quelque peu « indigeste ». Cette démarche d'exhaustivité est louable dans le sens ou elle peut apporter un savoir précis, mais elle peut étouffer le visiteur qui se retrouve submergé d'informations. Fort heureusement la scénographie relativement « aérée » contre-balance ce sentiment. A noter également que si les différentes thématiques se répondent tout au long de la visite, il est possible d'en écarter certaines de son propre parcours, sans pour autant que cela nuise à la compréhension globale du musée.

Actuellement le Familistère de Guise est entré dans la deuxième phase du projet Utopia, grand projet visant à faire de ce lieu un espace de culture et de tourisme, et surtout un espace de vie partagée.

                                                                                                                                                                                                                                              Thibault Leonardis

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Régionalisation de l’art moderne au cœur de la Moselle

>> jeudi 4 avril 2013


Le centre Pompidou à Metz a été le premier grand centre culturel national qui a abordé la décentralisation. Conçu en 2003, il a finalement ouvert en 2010. Le centre a pour mission d’être l’une des plus importantes plateformes pour la diffusion de l’art moderne, accueilli par la Lorraine et son envie de développer le secteur culturel, je dirais que c’est un pari gagné car je suis arrivée bien avant le moment de l’ouverture et il y avait déjà du monde qui attendait. On pourrait se demander, si le challenge de la décentralisation a bien été relevé ? Et bien, pour répondre, je vais vous dire que le projet a su conserver le concept d'espaces complètement modulables et susceptibles de s’adapter à des usages évolutifs et selon les besoins, qui ont si bien fonctionné à Paris. On retrouve aussi des éléments qui nous rappellent le "Centre modèle", notamment les gros tuyaux qui sont visibles un peu partout dans la structure. En tant qu’étrangère cette découverte est justement l’idée que je me faisais d’un centre Pompidou, ailleurs.Exemple qu’après ont suivi : le Louvre-Lens, qui a ouvert ses portes au mois de décembre 2012, et Versailles avec le partenariat qui s’est mis en place au Musée des Beaux Arts d’Arras. Ces deux derniers ont décidé d’injecter des ressources dans la naissante « Région des Musées » du Nord Pas-de-Calais. Mais, revenons à la Moselle, où on peut vite se rendre compte que le projet architectural de Shigeru Ban a été inspiré de l’architecture de la région, principalement des colombages et son bois si évident et chaleureux, et la touche de modernisme avec ces grandes fenêtres qui s’ouvrent et nous laissent découvrir de belles vues sur la ville, que les touristes trouvent plutôt « sympathique » pour faire une photo-souvenir.
© A.Vázquez 2012

 Au moment de ma visite, l'exposition de la deuxième salle portait sur les dessins muraux de Sol LeWitt entre 1968 et 2007, artiste qui porte bien le drapeau de l’art contemporain, et plus précisément de l’art conceptuel. Il a vraiment poussé ce dernier au point de ne valoriser que le concept : il a créé des œuvres (avec un répertoire simple, des lignes et des figures géométriques primaires) qu’il a minutieusement détaillées et réduites à une série d'instructions simples et concrètes, qui pourraient être reproduites par n’importe qui, n’importe où dans le monde. Ce qui m’a paru s’inscrire tout a fait dans l’esprit du Centre Pompidou, qui lassait le visiteur face à l’œuvre tout en restant disponible (via du personnel), si une médiation assistée était nécessaire.

© A.Vázquez 2012
La troisième salle hébergeait une exposition en partenariat avec le Fond Régional d’Art Contemporain (FRAC) Lorraine, ensemble, ils ont trouvé la façon de rendre une exposition photographique en une expérience peu commune mais inoubliable ! En effet il s’agissait de rentrer dans une salle complètement plongée dans le noir, et de découvrir à l’aide d’une lampe torche les 200 œuvres présentées sur les murs. Voilà une nouvelle façon de découvrir la photographie, au fur et à mesure que l’on avance, on est pris par l’émotion de la découverte, on ne sait pas ce que nous allons trouver. Ceci dit, l’expérience de ma visite était extraordinaire !! Avec à peine 2 ans d’ouverture il est encore tôt pour évaluer la réussite du projet, mais je vous invite à suivre de près cet établissement.

A.Vázquez

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